La décision de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT) d’assurer désormais le paiement du sélectionneur national David Pagou et de son staff constitue une évolution significative dans la gouvernance du football camerounais.
Annoncée par son président, Samuel Eto’o, cette mesure modifie la répartition traditionnelle des responsabilités financières entre la fédération et l’État.
1️⃣ Contexte institutionnel
Jusqu’à présent, la rémunération du staff technique des sélections nationales relevait de l’État camerounais, via le ministère en charge des Sports.
Ce modèle reposait sur une logique de soutien public au sport de haut niveau, mais il impliquait également :
- une forte implication administrative,
- des interactions parfois complexes entre la fédération et les autorités publiques,
- une dépendance budgétaire structurelle.
La nouvelle orientation introduit un changement dans cette architecture.
2️⃣ Implications financières
La prise en charge directe par la FECAFOOT suppose :
- une capacité budgétaire suffisante,
- une planification financière rigoureuse,
- une sécurisation durable des ressources (droits TV, sponsoring, subventions, partenariats).
Sur le plan macro-budgétaire, l’État pourrait réallouer les fonds auparavant destinés à ces rémunérations vers d’autres priorités sportives ou sociales.
Toutefois, cette autonomie financière accroît également la responsabilité de la fédération en matière de gestion et de transparence.
3️⃣ Impact sur la gouvernance
Sur le plan institutionnel, cette décision clarifie potentiellement :
- les chaînes de responsabilité,
- l’autorité technique,
- les mécanismes de contractualisation.
En assumant le financement, la FECAFOOT renforce sa légitimité dans le choix et l’évaluation du staff technique.
Cela pourrait contribuer à réduire les tensions interinstitutionnelles observées par le passé, notamment lors de certaines nominations controversées, comme celle de Marc Brys.
4️⃣ Enjeux à moyen et long terme
Plusieurs éléments seront déterminants pour mesurer l’efficacité de cette réforme :
- La stabilité financière de la fédération
- La qualité des contrats signés
- La performance sportive des sélections
- Le maintien d’une coopération constructive avec les pouvoirs publics
Cette évolution s’inscrit dans une tendance internationale où les fédérations nationales cherchent à renforcer leur autonomie opérationnelle tout en conservant un partenariat stratégique avec l’État.


🎯 Conclusion
La prise en charge du salaire du sélectionneur par la FECAFOOT représente une transformation structurelle importante du modèle de gouvernance du football camerounais.
Il ne s’agit ni d’une rupture institutionnelle totale, ni d’un simple ajustement budgétaire, mais d’un repositionnement des responsabilités.
Son succès dépendra de la capacité de la fédération à conjuguer autonomie financière, discipline budgétaire et performance sportive, dans un cadre de coopération apaisée avec l’État.
Voici un tableau comparatif synthétique des modèles de financement du sélectionneur national dans plusieurs fédérations africaines.
📊 Tableau comparatif des modèles de financement
| Pays | Fédération | Modèle de financement du sélectionneur | Rôle de l’État | Avantages | Risques / Limites |
| 🇨🇲 Cameroun | Fédération Camerounaise de Football | Fédération-payeur (récent changement) | Allègement budgétaire, rôle de supervision générale | Autonomie renforcée, clarification des responsabilités | Pression financière accrue sur la fédération |
| 🇸🇳 Sénégal | Fédération Sénégalaise de Football | Fédération-payeur avec forte coordination institutionnelle | Soutien stratégique et logistique | Stabilité, gouvernance relativement harmonieuse | Dépendance partielle aux appuis publics |
| 🇬🇭 Ghana | Ghana Football Association | Modèle mixte (interventions ponctuelles de l’État) | Paiement d’arriérés ou appui en cas de crise | Flexibilité en période difficile | Risque d’instabilité financière et d’ingérence |
| 🇿🇦 Afrique du Sud | South African Football Association | Fédération-payeur | Intervention limitée | Autonomie contractuelle | Difficultés de trésorerie possibles |
| 🇲🇦 Maroc | Fédération Royale Marocaine de Football | Fédération-payeur solide | Appui institutionnel et infrastructurel | Forte professionnalisation, stabilité financière | Exigence élevée de performance et transparence |
🔎 Lecture comparative
1️⃣ Modèle État-payeur (ancien modèle camerounais)
- Fréquent historiquement en Afrique.
- Avantage : sécurité financière à court terme.
- Inconvénient : forte politisation et dépendance administrative.
2️⃣ Modèle Fédération-payeur (tendance actuelle)
- Observé au Maroc, en Afrique du Sud et désormais au Cameroun.
- Favorise l’autonomie et la responsabilisation.
- Exige une capacité financière durable.
3️⃣ Modèle mixte
- Comme au Ghana.
- Permet d’absorber des crises.
- Peut créer une ambiguïté dans la chaîne de responsabilité.
🎯 Enseignement principal
La tendance continentale va vers une autonomie accrue des fédérations, mais cette autonomie est viable uniquement si :
- Les revenus sont sécurisés (sponsoring, droits TV, partenariats)
- La gestion est rigoureuse
- La transparence contractuelle est garantie
Pour le Cameroun, la réussite du nouveau modèle dépendra donc moins du principe adopté que de sa mise en œuvre financière et institutionnelle.

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