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La politique qui détruit : quand les intérêts politiques prennent le dessus sur les valeurs traditionnelles

Texte inspiré d’un Enseignement reçu au Centre de la Béatitude et de l’Excellence – la Foi par les Œuvres de Nkolbikogo – Monti

Dans la société traditionnelle africaine, le vieillard a toujours occupé une place particulière. Il est considéré comme une source de sagesse, un dépositaire de l’histoire, un conseiller et un symbole de bénédiction pour toute la communauté. Son âge lui confère une expérience qui mérite d’être écoutée, tandis que sa présence rappelle aux générations montantes l’importance de la transmission des valeurs.

Pourtant, aujourd’hui, cette considération semble s’effriter dans certains milieux. La vieillesse, autrefois source de respect, devient parfois un motif de moquerie, de stigmatisation ou de condamnation publique.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Quand le respect devient une affaire de politique

Le problème ne réside pas dans le fait de critiquer une personnalité âgée. Aucun âge ne devrait soustraire un homme ou une femme à la critique, à l’examen de ses actes ou à l’obligation de rendre compte de ses responsabilités. Respecter les aînés ne signifie ni leur accorder l’impunité ni interdire le débat contradictoire.

Le véritable problème apparaît lorsque les mêmes principes ne s’appliquent pas à tout le monde.

Dans une même société, pourquoi certains aînés sont-ils vénérés, célébrés et présentés comme des modèles, tandis que d’autres sont diabolisés, insultés ou publiquement humiliés ?

Pourquoi certains hommes âgés, au terme de leur parcours, reçoivent-ils des hommages appuyés, alors que d’autres font l’objet de jugements sévères, parfois sans que leurs actes et leur héritage aient été examinés avec la même rigueur ?

Plus troublant encore, comment expliquer que des personnalités ayant appartenu au même gouvernement puissent être traitées de manière radicalement différente en fonction de leur origine, de leur positionnement politique ou des intérêts qu’elles représentent désormais ?

Ces contradictions méritent réflexion.

Car lorsque le respect n’est plus accordé selon des principes partagés, mais distribué en fonction des appartenances et des intérêts du moment, il cesse d’être une valeur commune pour devenir un instrument de division.

Deux poids, deux mesures : le danger de l’hypocrisie politique

La politique est un espace de confrontation des idées, des ambitions et des projets de société. Elle peut constituer un puissant levier de développement lorsqu’elle favorise le débat, la participation citoyenne et la recherche de l’intérêt général.

Mais elle devient destructrice lorsqu’elle instrumentalise les émotions collectives, les origines communautaires et les valeurs traditionnelles pour dresser les citoyens les uns contre les autres.

Certaines personnalités, lorsqu’elles sont proches de ceux qui détiennent le pouvoir ou partagent leurs intérêts, bénéficient de toutes les marques de considération. D’autres, en revanche, peuvent être exposées à l’hostilité, à la marginalisation ou à des campagnes de dénigrement.

Le même phénomène semble parfois se manifester lors des déplacements de responsables politiques. Certains sont accueillis avec tous les honneurs, tandis que d’autres font face à des manifestations d’hostilité ou à des formes de rejet.

Chaque situation mérite naturellement d’être examinée à partir de faits précis. Mais lorsque ces différences de traitement se répètent, une question fondamentale se pose : s’agit-il réellement d’une question de principes ou d’une bataille d’intérêts politiques ?

Le plus préoccupant est de voir des personnes qui se présentent comme les gardiennes de la morale et des traditions adopter, dans certaines circonstances, des comportements contraires aux valeurs qu’elles prétendent défendre.

Peut-on condamner chez les autres ce que l’on tolère chez les siens ?

Peut-on réclamer le respect pour les aînés de son propre groupe tout en justifiant l’humiliation de ceux qui appartiennent à un autre courant politique ou à une autre communauté ?

La cohérence morale exige que chacun accepte de répondre honnêtement à ces questions.

Quand les donneurs de leçons sont confrontés à leurs propres contradictions

Les témoignages, les enquêtes et les observations de terrain peuvent parfois mettre en évidence des contradictions entre les discours publics et les comportements de certaines personnalités.

Lorsqu’ils sont étayés par des faits vérifiables, ces constats doivent nous conduire à une réflexion collective : pourquoi sommes-nous si prompts à dénoncer les manquements des autres, mais parfois si indulgents envers ceux de notre propre camp ?

La morale ne peut pas être une arme que l’on brandit contre ses adversaires et que l’on range dès qu’elle risque de mettre en difficulté ses alliés.

Le respect des personnes âgées ne devrait dépendre ni de leur région d’origine, ni de leur communauté, ni de leur appartenance politique. Il devrait reposer sur un principe fondamental : la dignité humaine.

Cela ne signifie pas que les aînés doivent être soustraits à toute critique. Au contraire, leurs responsabilités, leurs décisions et leurs actes peuvent être examinés comme ceux de n’importe quel citoyen. Mais cette critique doit reposer sur des faits, et non sur la volonté de discréditer une personne parce qu’elle appartient au mauvais camp.

Plus grave encore, lorsque la stigmatisation politique se mêle aux considérations communautaires, le débat public risque de prendre une tournure dangereuse. Une critique qui devrait porter sur les décisions ou les responsabilités individuelles peut alors se transformer en rejet collectif, alimentant les préjugés et fragilisant la cohésion nationale.

Les actes d’une personnalité ne sauraient justifier la condamnation de toute une communauté. De même, l’appartenance à un groupe ne devrait jamais garantir une protection automatique contre toute critique.

Personne n’est à l’abri de la manipulation

L’une des dimensions les plus préoccupantes de cette situation réside dans la participation de personnalités que l’on n’aurait pas nécessairement imaginées au cœur de telles dynamiques.

Certaines peuvent se laisser entraîner dans des rivalités, des calculs politiques ou des stratégies d’influence sans mesurer les conséquences de leurs prises de position.

D’autres choisissent le silence lorsque des personnes de leur entourage sont mises en cause, tout en exigeant une réaction immédiate lorsque des pratiques similaires touchent leurs adversaires.

Ainsi, la politique peut progressivement devenir un espace où la vérité importe moins que le camp auquel appartient celui qui la défend.

Pourtant, aucune société ne peut durablement se construire sur une morale à géométrie variable. Elle a besoin de citoyens capables de reconnaître les qualités de leurs adversaires, de dénoncer les erreurs de leurs alliés et de défendre les mêmes principes, quelles que soient les circonstances.

C’est à cette condition que le débat politique peut demeurer un instrument de progrès plutôt qu’un mécanisme de destruction sociale.

La prise de conscience doit également concerner les citoyens eux-mêmes. Nous ne pouvons pas toujours accuser les responsables politiques de diviser la société tout en relayant, sans discernement, des messages insultants, des accusations non vérifiées ou des discours de haine.

Chaque citoyen a une responsabilité dans la préservation de la paix sociale. Un commentaire, une publication ou une rumeur peuvent contribuer à apaiser les tensions, mais aussi à les aggraver.

Il est donc essentiel d’apprendre à vérifier les informations, à questionner les discours qui opposent les communautés et à refuser de devenir les instruments de conflits dont nous ne maîtrisons ni les objectifs ni les conséquences.

Retrouver le sens de nos valeurs

Le Cameroun possède un patrimoine culturel dans lequel le respect des aînés occupe une place importante. Cette valeur mérite d’être préservée, non pas pour empêcher toute critique, mais pour rappeler que la dignité humaine doit rester au cœur de nos rapports sociaux.

Honorer un aîné ne signifie pas approuver toutes ses décisions. Critiquer un responsable politique ne signifie pas nécessairement lui manquer de respect. Dénoncer une faute ne devrait jamais servir de prétexte à l’humiliation systématique d’une personne.

Nous devons apprendre à distinguer la critique légitime de la haine, la responsabilité individuelle de la condamnation collective et le désaccord politique du mépris de l’autre.

Une nation ne se divise pas uniquement par les armes ou les conflits ouverts. Elle peut également se fragiliser lorsque ses citoyens cessent de partager les mêmes principes de justice, lorsque les valeurs traditionnelles sont instrumentalisées et lorsque le respect devient un privilège réservé aux personnes du bon camp.

La véritable force d’une société réside dans sa capacité à maintenir ses valeurs au-delà des rivalités et des changements de circonstances.

Un homme politique peut perdre son influence. Un responsable peut quitter ses fonctions. Un ancien allié peut devenir un adversaire. Mais la dignité humaine ne devrait pas varier au gré de ces changements.

C’est là que se mesure la sincérité de nos convictions.

Jusqu’où laisserons-nous la politique détruire nos valeurs ?

La véritable question n’est pas de savoir quel vieillard mérite d’être respecté et lequel devrait être diabolisé en raison de ses choix politiques.

La véritable question est de savoir si nous sommes encore capables de défendre des principes qui s’appliquent à tous.

Si nous estimons que les aînés méritent notre considération, cette considération doit rester indépendante de nos préférences politiques. Si nous pensons que les responsables publics doivent rendre compte de leurs actes, cette exigence doit s’appliquer à tous, sans distinction de camp. Et si nous voulons préserver la cohésion nationale, nous devons refuser que les rivalités politiques deviennent des prétextes à la division communautaire.

Le Cameroun a besoin de débats politiques, de contradictions et de confrontations d’idées. Mais il a tout autant besoin de citoyens capables de dépasser leurs appartenances pour défendre l’essentiel : la paix, la justice, la solidarité et le vivre-ensemble.

La politique devrait servir à construire la nation, et non à détruire les liens qui unissent ses citoyens.

Le jour où nous respecterons un homme uniquement parce qu’il appartient à notre camp, et où nous le mépriserons dès qu’il rejoint le camp opposé, nous aurons cessé de défendre des valeurs. Nous ne défendrons plus que des intérêts.

Le jour où l’origine d’une personne pèsera davantage que ses actes, nous aurons ouvert la porte à des divisions dont les conséquences pourraient dépasser les ambitions de ceux qui les entretiennent.

Et lorsque la société sacrifie ses valeurs sur l’autel des intérêts politiques, ce ne sont pas seulement les personnalités visées qui en souffrent : c’est toute la nation qui finit par en payer le prix.

L’heure est donc à la prise de conscience. Nos divergences politiques ne doivent pas nous faire perdre notre humanité, nos traditions ne doivent pas devenir des armes de combat et nos différences ne doivent jamais constituer des frontières entre les citoyens d’une même nation.

Car au-delà des partis, des origines et des ambitions, nous partageons un même pays, une même histoire et une responsabilité commune : celle de transmettre aux générations futures un Cameroun où le respect ne dépend pas du camp auquel on appartient, mais des valeurs que nous choisissons de défendre ensemble.

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