Editorial de Ongola.com
Pour une société Camerounaise plus juste, plus solidaire et plus humaine
Texte inspiré d’un Enseignement reçu au Centre de la Béatitude et de l’Excellence – la Foi par les Œuvres de Nkolbikogo – Monti
Au Cameroun, nous sommes souvent prompts à juger les autres. Dans les familles, les quartiers, les entreprises, les administrations, les associations et sur les réseaux sociaux, nous avons parfois plus d’énergie pour dénoncer les fautes de notre prochain que pour reconnaître les nôtres.
Dès qu’une personne est accusée d’avoir mal agi, les condamnations fusent. Les commentaires se multiplient, les insultes pleuvent et les verdicts sont prononcés avant même que tous les faits soient connus. Hier encore respectée, cette personne devient soudainement l’ennemie de tous.
Mais avons-nous pris le temps de nous poser cette question : sommes-nous réellement aussi irréprochables que nous voulons le faire croire ?
Dans un pays où les défis du développement, de la gouvernance, de l’emploi, de la solidarité et du vivre-ensemble sollicitent notre responsabilité collective, il est temps de nous interroger sur notre rapport à la faute, au pardon et au changement.

Une société où chacun veut être juge
Au Cameroun, nous aimons commenter les comportements des autres.
Nous dénonçons le fonctionnaire qui ne fait pas correctement son travail, mais sommes-nous toujours exemplaires lorsque nous exerçons nos propres responsabilités ?
Nous condamnons le commerçant qui trompe son client, mais respectons-nous toujours nos engagements commerciaux ?
Nous dénonçons les dirigeants qui ne tiennent pas leurs promesses, mais sommes-nous toujours fidèles à la parole donnée dans nos familles, nos associations et nos entreprises ?
Nous critiquons les personnes qui profitent du système, mais refusons parfois de reconnaître les petites faveurs indues dont nous avons nous-mêmes bénéficié.
Nous condamnons les comportements qui fragilisent notre société, mais sommes-nous toujours prêts à respecter les règles communes lorsque cela va à l’encontre de nos intérêts personnels ?
Ces questions ne sont pas posées pour relativiser les fautes ni pour excuser les comportements condamnables. Elles nous invitent plutôt à une introspection collective.
Le changement que nous exigeons des autres doit aussi commencer par nous-mêmes.
La corruption : dénoncer le mal, mais aussi examiner nos pratiques
La corruption constitue un défi important pour le Cameroun. Dans son rapport sur l’état de la lutte contre la corruption en 2024, la Commission nationale anti-corruption (CONAC) relève notamment la persistance des paiements indus pour certains services publics et des pratiques d’extorsion dans différents secteurs.
Face à cette réalité, il est légitime d’exiger davantage d’intégrité, de transparence et de responsabilité de la part des personnes investies de fonctions publiques.
Mais notre combat contre la corruption sera-t-il pleinement efficace si nous condamnons uniquement celui qui reçoit un avantage indu, tout en fermant les yeux sur celui qui le propose ? Si nous dénonçons les passe-droits dont les autres bénéficient, tout en cherchant nous-mêmes à contourner les procédures ?
La responsabilité n’est pas toujours identique entre celui qui détient l’autorité et celui qui subit une pression. Les rapports de pouvoir comptent, et les responsabilités doivent être établies avec discernement.
Cependant, chacun peut contribuer, à son niveau, à promouvoir une culture de l’intégrité.
Lutter contre la corruption, ce n’est pas seulement dénoncer les corrompus. C’est aussi refuser les pratiques qui nourrissent le système, protéger les personnes qui dénoncent les abus et exiger que les fautes établies soient traitées équitablement.
Il faut sanctionner les actes répréhensibles conformément à la loi, tout en laissant à chacun la possibilité de reconnaître ses erreurs et de se réformer.

Dans les affaires, l’honnêteté doit être une valeur partagée
Le monde des affaires camerounais n’échappe pas à cette réflexion.
Dans le commerce, l’immobilier, le transport, la distribution et les prestations de services, les relations professionnelles sont parfois fragilisées par les promesses non tenues, les dettes impayées, les engagements abandonnés et les conflits entre partenaires.
Lorsqu’un partenaire manque à ses obligations, nous sommes parfois tentés de le présenter immédiatement comme un escroc ou une personne de mauvaise foi.
Pourtant, toutes les défaillances ne résultent pas nécessairement d’une volonté de nuire. Certaines sont liées à des difficultés financières, à une mauvaise gestion ou à des circonstances qui doivent être examinées.
Cela ne signifie pas qu’il faut accepter les abus, renoncer au recouvrement de ses créances ou abandonner ses droits. Cela signifie qu’il faut distinguer la fraude délibérée de la difficulté réelle, rechercher des solutions lorsque cela est possible et recourir aux voies légales lorsque cela est nécessaire.
Une société d’affaires solide se construit sur la confiance, le respect des engagements, la responsabilité et la capacité à résoudre les conflits.
Au lieu de chercher systématiquement à détruire la réputation d’un partenaire en difficulté, donnons une chance à la médiation lorsque les circonstances le permettent. Mais ne confondons jamais pardon et impunité.

Sur les réseaux sociaux, la condamnation est devenue trop facile
Avec l’expansion des réseaux sociaux, une accusation peut faire le tour du Cameroun en quelques minutes.
Une photographie, une vidéo sortie de son contexte ou un message non vérifié peuvent suffire à exposer une personne à une vague d’indignation publique.
Nous partageons parfois des informations sans en vérifier l’origine. Nous relayons des accusations sans connaître tous les faits. Nous participons à des campagnes de dénigrement sans mesurer les conséquences humaines, familiales et professionnelles de nos actes.
Or, une réputation détruite ne se reconstruit pas toujours facilement, même lorsque les accusations se révèlent fausses.
Les médias et les plateformes d’information ont donc une responsabilité particulière : informer avec rigueur, vérifier les faits, respecter la dignité humaine et distinguer les faits établis des accusations.
La liberté d’expression ne doit pas devenir un permis d’humilier, et le droit de dénoncer ne doit pas se transformer en droit de condamner sans preuve.
Nous pouvons critiquer une décision, dénoncer un abus et réclamer des comptes sans recourir aux insultes ni à la destruction systématique des personnes.

Nos différences ne doivent pas nous empêcher de vivre ensemble
Le Cameroun est riche de sa diversité culturelle, linguistique, régionale et communautaire. Cette diversité devrait constituer une force pour construire un avenir commun.
Pourtant, les désaccords peuvent parfois se transformer en hostilité. Une faute individuelle peut être imputée à toute une communauté. Une opinion différente peut devenir un motif de rejet. Une rivalité peut conduire à remettre en cause la dignité de personnes qui n’ont pourtant rien à voir avec le différend initial.
Nous devons refuser cette logique.
Aucun individu ne devrait être condamné uniquement en raison de son origine, de sa région, de son appartenance communautaire ou de ses opinions.
La justice exige que chacun réponde de ses propres actes, sur la base de faits établis.
Le vivre-ensemble ne consiste pas à prétendre que nous sommes tous d’accord. Il consiste à accepter nos différences sans renoncer au respect mutuel.
Nous pouvons ne pas partager les idées de notre voisin, désapprouver ses choix ou dénoncer ses erreurs, tout en reconnaissant sa dignité et son droit à être traité équitablement.
Dans les administrations, les entreprises et les familles, apprenons à corriger sans humilier
Dans nos administrations, nous avons besoin de responsables capables d’exiger des résultats, mais aussi d’accompagner les agents qui rencontrent des difficultés.
Dans nos entreprises, nous avons besoin de dirigeants qui sanctionnent les manquements tout en encourageant la compétence, la formation et l’amélioration continue.
Dans nos familles, nous avons besoin de parents qui corrigent leurs enfants sans les enfermer dans leurs erreurs.
Dans nos associations, nous avons besoin de dirigeants qui savent écouter les critiques, reconnaître leurs propres insuffisances et accepter la contradiction.
Partout, le même principe devrait nous guider : une erreur doit pouvoir devenir une occasion d’apprentissage lorsque les circonstances le permettent.
Cela suppose de distinguer la faute occasionnelle, la négligence répétée, la mauvaise foi et les actes graves qui exigent une réponse ferme.

Être humain ne signifie pas renoncer à l’exigence. Être exigeant ne signifie pas renoncer à l’humanité.
Nous devons pouvoir demander des comptes sans humilier, corriger sans mépriser et sanctionner sans chercher à nous venger.
Le pardon n’est pas l’impunité
Il est important de le rappeler : appeler au pardon ne signifie pas demander aux victimes de se taire.
Celui qui a subi une injustice a le droit de réclamer réparation. Celui qui a été victime d’une violence doit pouvoir rechercher protection et justice. Celui qui a été trompé doit pouvoir défendre ses intérêts.
La réconciliation ne peut pas être imposée au détriment de la vérité ou de la sécurité des victimes.
Mais lorsque les faits sont établis, que la responsabilité est reconnue et qu’une démarche sincère de changement est engagée, la société doit aussi savoir ouvrir la voie à la réhabilitation.
On peut condamner un acte sans condamner définitivement une personne.
Le pardon permet de dépasser la haine. La justice permet de répondre aux torts. La responsabilité permet de réparer, et le changement permet d’envisager un avenir différent.
Ces principes ne s’opposent pas : ils peuvent se compléter.
Et si le grand livre de notre vie était ouvert ?
Imaginons un instant que toutes nos erreurs, nos paroles blessantes, nos engagements non tenus, nos injustices et nos mauvaises décisions soient exposés publiquement.
Combien d’entre nous accepteraient encore de se présenter comme des modèles de perfection ?
Cette réflexion devrait nous rendre plus humbles.
Elle ne nous demande pas de renoncer à nos valeurs, mais de reconnaître que nous avons tous besoin de progresser.
Avant de condamner un compatriote, un collègue, un partenaire commercial, un responsable public ou un membre de notre famille, prenons le temps de vérifier les faits et de réfléchir à la manière dont nous pourrions contribuer à une amélioration réelle.

Avant de condamner l’autre, regardons dans le rétroviseur de notre propre vie.
Peut-être découvrirons-nous que nous avons, nous aussi, bénéficié de la compréhension, de la patience ou du pardon de quelqu’un.
Le Cameroun a besoin de bâtisseurs, pas seulement de dénonciateurs
Notre pays a besoin de citoyens qui proposent des solutions, d’entrepreneurs qui créent des emplois, de responsables qui servent l’intérêt général, de médias qui éclairent le débat public, d’associations qui soutiennent les personnes vulnérables et de familles qui transmettent des valeurs de respect et de responsabilité.
Dénoncer les injustices demeure indispensable. Mais la dénonciation doit ouvrir la voie à des solutions, à des réformes et à des comportements plus responsables.
Nous devons apprendre à transformer nos critiques en propositions, nos désaccords en débats constructifs et nos conflits en occasions de rechercher des solutions durables.
Chacun, dans son domaine, peut contribuer à l’amélioration du quotidien.
Le fonctionnaire peut mieux servir les usagers. Le commerçant peut respecter ses clients. L’entrepreneur peut honorer ses engagements. Le journaliste peut vérifier ses informations. Le citoyen peut respecter les biens publics. Le responsable communautaire peut rapprocher les personnes plutôt que les opposer.
Aucun changement durable ne peut reposer uniquement sur les autres.
Le Cameroun que nous souhaitons construire commence aussi par les comportements que nous choisissons aujourd’hui.
Notre mission : sauver, corriger et construire
Nous devons sortir de cette habitude qui consiste à croire que nous sommes toujours meilleurs que ceux que nous critiquons.
Nous avons tous des faiblesses. Nous avons tous des erreurs à corriger. Nous avons tous quelque chose à apprendre.
La grandeur d’une société ne se mesure pas seulement à sa capacité à dénoncer les fautes, mais aussi à sa capacité à garantir la justice, à protéger les victimes, à corriger les dérives et à permettre aux personnes qui changent réellement de contribuer de nouveau au bien commun.
Le Cameroun n’a pas besoin d’une société où personne ne répond de ses actes. Il a besoin d’une société où les responsabilités sont établies équitablement, où la loi s’applique, où la dignité humaine est respectée et où le changement reste possible.
Alors, apprenons à dénoncer sans haïr, à corriger sans humilier, à pardonner sans oublier la justice et à sanctionner sans chercher à détruire.
EN DÉFINITIVE
Avant de condamner, vérifions les faits.
Avant de juger, examinons notre propre conduite.
Avant d’humilier, pensons aux conséquences de nos paroles.
Avant de rejeter, demandons-nous si une solution est encore possible.
Et lorsque quelqu’un reconnaît ses erreurs et décide sincèrement de changer, sachons lui laisser la possibilité de démontrer cette transformation.
Ne jugeons pas pour détruire. Dénonçons pour améliorer. Corrigeons pour faire progresser. Pardonnons lorsque cela est possible. Agissons pour le bien commun.
Notre pays a besoin de justice, d’intégrité, de responsabilité, mais aussi d’amour, de solidarité et d’humanité.
Le Cameroun de demain ne se construira pas en condamnant sans cesse les Camerounais d’aujourd’hui. Il se construira en aidant chacun à devenir plus responsable, plus juste et plus utile à la communauté.
Prônons l’amour et non la division.
La justice et non la vengeance.
La responsabilité et non l’hypocrisie.
Le changement et non le rejet systématique.
La construction et non la destruction.
Avant de condamner l’autre, regardons dans le rétroviseur de notre vie. Et demandons-nous ce que nous pouvons faire, dès aujourd’hui, pour rendre le Cameroun meilleur.

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