Yaoundé Mercredi 1erOctobre 2008

 

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Les noms lés aux activités sociopolitiques

Nous analyserons ici les toponymes récent, ceux-là qui n’existaient pas à la naissance de la ville. C’est-à-dire, au début de la colonisation de la région de Yaoundé en 1888. Ces toponymes ont l’avantage d’avoir plus de précisions par rapport aux noms pré coloniaux et leur signification est évidente du fait de leur dation récente. Ainsi, nous aurons des noms liés aux activités sociopolitiques, aux activités économiques et au peuplement de la ville. D’autres par contre symbolisent les évènements glorieux ou malheureux qui ont ému les populations pendant la période colonial. Le dernier groupe de noms que nous présenterons est en provenance de l’extérieur. Ce sont des toponymes qui ont été importés et adoptés par assimilation.

 

Yaoundé

Origines des Noms des quartiers de Yaoundé

Les noms lés aux activités sociopolitiques

Dans cette catégorie de toponymes, nous rangeons les quartiers tels que Nsi-Meyong, Nsam-Efoulan qui rappellent des situations sociales et politiques bien connues des populations autochtones de Yaoundé ; situations intervenues pendant la période coloniale.

 NSAM 

En langue Ewondo « Nsam » signifie « étendue de... » ; autrefois située dans la forêt de Mvolyé, cette localité a été aménagée à la naissance de la ville pour la construction des maisons qui apparaissaient alignées les unes après les autres. Tout ceci formait un village étendu, où les maisons se suivaient sans interruption jusqu’à Efoulan, d’où le nom de Nsam-Efoulan utilisé de façon vulgaire à Yaoundé.

  EFOULAN

Ce nom vient de l’expression Ewondo « Efoulan Meyong » qui signifie « brassage ou mélange des populations d’origines diverses ». Le quartier Efoulan, situé dans l’ancien village de Mvolyé, a abrité le domicile du chef supérieur des Ewondo et des Bene appelé Charles Atangana(1883-1943). Son domicile construit à étage selon le modèle allemand, unique en son genre à Yaoundé, aujourd’hui abandonné pour de raisons moins évidentes, est situé au carrefour Efoulan entre la mairie et la sous-préfecture de Yaoundé troisième. C’était la chefferie où les populations venaient se rassembler pour des raisons diverses. Certains venaient causer avec le chef Atangana Charles, d’autres venaient lui soumettre des litiges qu’il devait trancher, d’autant plus qu’il était président de « l’arbitrage indigène ». Un autre groupe de personnes formé de ceux qui ne pouvaient pas payer les impôts, venaient travailler à la chefferie en compensation de leur insolvabilité. Ce dernier groupe de visiteurs était formé de ceux qui venaient s’y installer définitivement pour rendre des services au chef et être sous sa protection. Ce groupe tout aussi considérable était composé de gens qui n’étaient  , ni plus ou moins des esclaves appelés « Belo’o ». Ces populations qui venaient gonfler les effectifs de la famille du chef Charles Atangana formaient une grande foule et était originaire de quatre coins de la circonscription du Nyong et Sanaga, région dans laquelle s’étendait son commandement. Ce qui faisait de ce chef, l’indigène le plus connu, le plus populaire de la province du Centre Cameroun. C’était le « Meyong Meyeme» (connu de tous les peuples) de tous les Beti. Son domicile prit donc à juste titre, le nom de « Efoulan Meyong »(rassemblement, brassage des peuples). Tous les témoignages recensés de part et d’autre de la capitale s’accordent pour expliquer l’origine de ce nom d’où sa certitude.

 NSI MEYONG

Ce toponyme a une explication évidente. En Ewondo, « Nsi Meyong » signifie « ce qui effraie les peuples » ou « épouvantail des populations ». Il vient de deux mots : « Nsi », qui veut dire, « effrayer ou épouvanter »et « Meyong » qui signifie « peuples ou tribus ».Ce nom, de même que celui d’Efoulan, a pour origine, le chef supérieure Charles Atangana qui était connu sous le nom de « Meyong Meyeme » comme nous l’expliquions plus haut. Tous les peuples de la région du Nyong et Sanaga le connaissaient et tous devaient avoir peur de lui, car il était digne de respect. C’est pourquoi l’évocation du nom « Meyong Meyeme » effrayait («Nsi») et faisait trembler tout le monde. Nul ne pouvait s’opposer à sa décision, car, en sa qualité de président du tribunal indigène, il disait lui-même, qu’il était(en 1914) : « le premier notable indigène de toute la circonscription de Yaoundé(...) commissaire de l’administration allemande devant les indigènes ». Charles Atangana avait donc une influence inexorable sur ses subordonnés. C’était le «trait d’union entre l’autorité et les chefs indigènes ». Pour les indigènes, il était le «  chef de terre » et l’on dit qu’il avait des pouvoirs maléfiques, puisque propriétaire d’une fée. Voici l’un des récits que nous avions recueillis au cour de nos investigations. Ce récit intéressant quoique mythique tente d’expliquer avec une probabilité étonnante, l’origine de la mort du chef supérieur :  «Charles Atangana disposait d’une fée qui était la source de son prestige et de sa puissance. Cette fée (femme blanche) était assise dans une grosse bassine d’eau à l’intérieur de l’une de ses chambres dont il avait seul ,l’exclusivité d’y pénétrer. C’était une chambre sacrée dont il détenait lui-même les clés et quiconque osait toucher à ces clés risquait la mort disait-il. Ceci faisait de lui un homme mystique, d’où la curiosité de ses proches collaborateurs. Un jour, très pressé de rencontrer le blanc (commissaire de la république ?) avec qui il avait un rendez-vous très important, il ressortit de sa chambre sacrée et oublia la clé accrochée sue la porte. Mal lui en pris car, cette erreur monumentale lui en sera fatale, dans la tradition Beti, l’on dit que la magie ne tue pas, ce sont plutôt les interdictions qu’elle impose qui tuent. En effet, l’un de ses serviteurs, très curieux et très courageux, décida d’ouvrir la porte et entra dans la chambre énigmatique pour y découvrir le mystère qui y était caché. L’homme y vit une «  femme blanche » (fée), assise sur une grosse bassine d’eau et ressortit rapidement, effrayé par ce qu’il venait de découvrir. Charles Atangana à mi-chemin pour le rendez-vous, constata qu’il avait oublier la clé de sa chambre sacrée et rentra brusquement pour la récupérer. Il entra encore dans la chambre sacrée et trouva sa fée qui lui déclara : « tu as transgresser mon  interdiction et tu m’as fait honte ». Aussitôt, la fée disparut et quelque jours plus tard, Charles Atangana mourut subitement après une brève maladie». Ce récit, bien qu’il soit mythique, mérite une analyse historique dans la mesure où il nous a été relaté par la vieille Beyala Dorothée âgée de plus de quatre vingt ans et repris à quelques nuances près par Nanga Elisabeth, née vers(1900). D’autre part, certains phénomènes irrationnels que l’on observe à l’heure actuelle au domicile de l’ancien chef supérieur suscitent des interrogations. En effet, 55 ans après sa mort, la : « fée de Charles Atangana fait encore des ravages dans son domicile ». L’on pourrait trouver ici, une explication acceptable des pouvoirs mystiques de « Meyong Meyeme », d’autant plus que plusieurs personnalités parmi lesquelles, l’ancien maire d’Efoulan, refusent de se prononcer au sujet de cet abandon. Il en est de même pour les membres de la famille de Charles Atangana qui, semble-t-il, sont eux-mêmes  effrayés mais qui refusent de dire pourquoi le palais qui est dans leur terroir est inhabité. De toutes les manières, au regard des phénomènes irrationnels ci-dessus évoqués, il en ressort que le toponyme « Nsi Meyong » nom du quartier situé au Sud de Yaoundé est né de l’hégémonie que Charles Atangana exerçait sur les populations, la peur et le respect qu’il suscitait. C’est ainsi que l’on a donné le nom de Nsi Meyong à son terroir qui l’a jusqu’à ce jour.

Ce travail est le fruit d’une collaboration avec Monsieur Dominique OBAMA, Professeur de Lycées et collèges d’enseignement secondaire  général en service au CES de Yaoundé III. Pour plus de renseignements, vous pouvez le contacter à l’adresse suivante :

 OBAMA Dominique - PLEG- BP 6168 Yaoundé – Tel : 237 99 61 99 76 
 

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