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Message du
Président de la République, Son Excellence Paul BIYA à la Nation le 31
décembre 2007.
- Camerounaises,
Camerounais, Mes Chers compatriotes
Avant de faire avec vous un rapide survol des événements de l’année écoulée,
je crois indispensable de revenir sur le drame qui s’est déroulé à BAKASSI
il y a quelques semaines et qui a causé la mort de 21 de nos soldats et fait
de nombreux blessés. J’ai partagé l’émotion qui a saisi tous les Camerounais
et, comme vous tous, éprouvé la plus grande compassion pour les familles des
victimes. Mais on ne peut ressentir aussi que de l’indignation devant cette
attaque par des éléments non identifiés contre nos soldats.
Toute la lumière doit être faite sur ce qui s’est passé à BAKASSI. Les
autorités nigérianes nous ont assuré qu’elles n’avaient aucune
responsabilité dans ce drame. Elles ont dépêché à Yaoundé un Ministre d’Etat
pour nous faire part de leurs condoléances et de leur attachement à l’accord
de GREENTREE sur l’application de l’arrêt de la Cour Internationale de
Justice concernant BAKASSI.
Des enquêtes sont en cours du côté nigérian et du côté camerounais. Je veux
croire qu’elles feront apparaître la vérité sur ces actes odieux dont les
coupables doivent être punis. En attendant, des précautions ont été prises
pour qu’ils ne puissent plus se reproduire. La nation sait pouvoir compter
sur son armée.
Mes Chers compatriotes,
L’année 2007 a été en quelque sorte une année de transition. Entre une
période de remise en ordre de nos finances publiques et de consolidation de
nos institutions et une période qui, nous l’espérons tous, sera celle d’une
vigoureuse relance de la croissance économique et de l’amélioration des
conditions de vie de notre population.
Ceci ne veut évidemment pas dire que rien n’a été fait au cours des douze
derniers mois. Vous en avez été les témoins.
La gestion du budget de l’Etat s’est considérablement améliorée. Les
institutions financières internationales nous en ont donné acte.
Ces avancées ainsi que les fonds libérés par les annulations de dette nous
ont permis d’investir dans les secteurs sociaux.
Le secteur de l’éducation en a été un des principaux bénéficiaires. Des
centaines de nouveaux établissements scolaires ont été ouverts. De nouvelles
facultés ont été créées dans nos universités. Des enseignants ont été
recrutés en grand nombre à tous les niveaux.
Le secteur de la santé n’a pas été laissé de côté. La couverture médicale du
pays a été étendue. La lutte contre le paludisme, la tuberculose et le sida
s’est poursuivie et la mise à disposition de médicaments aux hôpitaux et
centres de santé publics ne s’est pas ralentie.
D’autre part, un effort particulier a été fait pour réhabiliter nos
infrastructures défaillantes ou en créer de nouvelles, notamment dans les
secteurs routiers et de l’assainissement urbain.
Des dispositions ont également été prises pour défendre le pouvoir d’achat.
C’est ainsi que des avances de solde ont été consenties aux agents de l’Etat
et des mesures arrêtées pour lutter contre la hausse des prix, soit en
s’attaquant à la spéculation, soit en défiscalisant certains produits de
première nécessité, soit même en libéralisant certaines importations.
Sur le front de l’insécurité, des moyens supplémentaires ont été affectés
aux forces de l’ordre qui ont mis en place des dispositifs dissuasifs.
Les résultats de ces différentes actions ont pu être constatés sur le
terrain par chacun d’entre vous. Je suis le premier à reconnaître que ces
actions ne règlent pas tous les problèmes mais elles montrent en tout cas
notre détermination à poursuivre nos efforts pour améliorer le quotidien des
camerounais et leur assurer de meilleures chances pour l’avenir.
Par ailleurs, comme vous le savez, mon principal souci, depuis près d’une
vingtaine d’années, a été de faire évoluer nos institutions vers une
démocratie moderne adaptée à l’état actuel de notre société et conforme aux
standards internationaux. Sur ce plan, peu à peu, nous progressons.
Dans la période la plus récente, l’Assemblée Nationale a adopté les lois sur
la Décentralisation qui permettront aux Camerounais de participer plus
directement à la gestion des affaires publiques. Les décrets d’application
sont prêts et pourront prochainement être mis en œuvre. Je ne saurais trop
insister sur l’importance des changements à venir. Il nous restera alors
pour compléter ce dispositif à mettre en place le Sénat qui représentera au
niveau national les collectivités territoriales décentralisées.
Enfin, nous donnerons sa forme définitive au Conseil Constitutionnel.
Les élections législatives et municipales de juillet et septembre derniers
nous ont donné l’occasion de mesurer le progrès de notre processus de
démocratisation. Quelques dysfonctionnements exceptés, ces scrutins se sont
déroulés dans le calme et la transparence. La majorité des observateurs l’a
reconnu. Les électeurs ont envoyé à l’Assemblée Nationale et dans les
conseils municipaux des majorités fortes et homogènes. Elles permettront, au
niveau national et communal, de mettre en œuvre des politiques de
développement conformes à l’intérêt général et aux besoins locaux.
Néanmoins, nous continuerons à perfectionner notre système électoral pour
qu’il ne donne pas lieu à contestation et qu’il favorise une meilleure
participation.
Toujours sur le plan du fonctionnement de nos institutions, je ne saurais
passer sous silence un problème qui a été soulevé par des journalistes lors
de mon récent séjour à paris et qui, je ne l’ignorais pas, faisait l’objet
de spéculations au Cameroun depuis plusieurs mois. Je veux parler d’une
éventuelle révision de notre constitution et en particulier du paragraphe 2
de l’article 6 qui prévoit que « le Président de la République est élu pour
un mandat de sept ans renouvelable une fois ».
Bien que la prochaine élection présidentielle ne doive avoir lieu qu’en
2011, il est normal et même encourageant que les camerounais s’intéressent à
ce problème puisque c’est de l’avenir de leurs institutions qu’il s’agit. De
toutes nos provinces, de nombreux appels favorables à une révision me
parviennent. Je n’y suis évidemment pas insensible.
De fait, les arguments ne manquent pas qui militent en faveur d’une
révision, notamment de l’article 6. Celui-ci apporte en effet une limitation
à la volonté populaire, limitation qui s’accorde mal avec l’idée même de
choix démocratique.
J’ajoute qu’en soi une révision constitutionnelle n’a rien d’anormal. Notre
Loi Fondamentale actuelle (qui est elle-même la résultante d’une révision de
notre constitution de 1972) comporte des procédures de révision. Celles-ci
permettent, si nécessaire, une adaptation du texte à l’évolution de notre
société politique. Elles sont par ailleurs de portée générale et ne
concernent qui que ce soit en particulier.
Nous allons donc, dans cet esprit, réexaminer les dispositions de notre
constitution qui mériteraient d’être harmonisées avec les avancées récentes
de notre système démocratique afin de répondre aux attentes de la grande
majorité de notre population.
Naturellement, ce travail ne nous détournera pas des multiples tâches qui
nous attendent dans les mois à venir.
Parmi celles-ci, la relance de la croissance tient le premier rang. Je l’ai
réaffirmé lors du dernier Conseil Ministériel. Au risque de me répéter, je
dirai à nouveau qu’elle est la clef de la plupart de nos problèmes. Selon
les statistiques, elle a été de 3,5 % en 2006 ; elle sera probablement de
4,1 en 2007 et les prévisions la situent à 4,5 % en 2008. ce n’est pas mal
mais ce n’est pas suffisant pour assurer un véritable décollage de notre
économie. C’est la raison pour laquelle j’ai prescrit au gouvernement de
hâter le lancement des grands projets agricoles et industriels dont j’ai
maintes fois énoncé la liste. Nous ne pouvons plus attendre que les dossiers
passent d’ateliers en séminaires, de séminaires en comités sans résultats
visibles.
Aujourd’hui, l’heure est à l’action. Secouons l’inertie, levons les
obstacles, fixons nous des objectifs, arrêtons des calendriers et …
respectons les.
Puisque dans la plupart des cas le secteur privé, national ou étranger, est
le partenaire de l’Etat, jetons avec lui les bases d’un véritable
partenariat où chacun jouera son rôle : l’Etat, celui de facilitateur et de
régulateur, les entreprises celui d’investisseur et de réalisateur. C’est
ainsi que pourront se régler les problèmes concernant la fiscalité, les
prix, les investissements, l’énergie, le crédit, etc. et que nous passerons
du registre des bonnes intentions à celui des réalisations.
A ce point, je dois mentionner un obstacle que nous n’avons pas encore
réussi à surmonter. Celui de la fourniture de l’énergie et en particulier
celui de l’énergie électrique. Depuis des années, je signale qu’il est
indispensable que nous disposions d’un approvisionnement d’électricité
suffisant pour assurer notre développement économique, notamment industriel,
et répondre à la demande croissante de la population. Or, notre économie
continue de souffrir de la pénurie d’énergie et les foyers camerounais
connaissent de fréquentes coupures de courant, parfois prolongées. Ces
dernières ont provoqué récemment l’exaspération des populations en divers
endroits. Si l’on ne peut tolérer que celle-ci dégénère en troubles à
l’ordre public, on peut comprendre le mécontentement de nos compatriotes
pénalisés dans leur activité professionnelle, leurs études ou tout
simplement leurs conditions de vie. Il importe donc que ce problème soit
traité avec sérieux et que des solutions soient apportées dès que possible.
Dans un pays qui dispose d’un potentiel hydro-électrique important, de
gisements de gaz exploitables, il est incompréhensible que l’on souffre
d’une telle pénurie. Pourtant des projets de barrages, de centrales
électriques existent qui font depuis des années l’objet de négociations.
Alors je demande que là aussi on passe à l’action, que les décisions soient
prises, que les engagements soient tenus et qu’en cas de carence les
conséquences en soient tirées.
Ceci m’amène à vous parler des énergies renouvelables auxquelles il serait
utile que nous nous intéressions, en particulier aux bio-carburants et à
l’énergie solaire.
Je ne verrais que des avantages à ce que nous étudiions la possibilité de
développer au Cameroun la production de bio-carburants à partir de certaines
productions agricoles résiduelles, comme l’ont fait semble-t-il avec succès
certains pays africains. Il serait aussi de notre intérêt d’envisager
l’exploitation de l’énergie solaire à laquelle se prête la majeure partie de
notre Territoire. Nous économiserons ainsi nos ressources pétrolières, tout
en contribuant à la lutte contre le réchauffement de la planète.
L’expérience prouve que si la volonté d’entreprendre existe, si les
compétences sont réunies et si, bien entendu, les moyens financiers sont
disponibles, la réalisation de grands projets devient possible. L’exemple en
est donné par le secteur minier. Qu’il s’agisse de la bauxite, du fer, du
cobalt, des perspectives considérables s’ouvrent devant nous, avec des
retombées intéressantes prévisibles pour l’emploi et les recettes de l’Etat.
Et j’observe que l’on peut également en attendre des avancées dans les
domaines de l’énergie et des infrastructures.
Mes chers compatriotes,
Notre seconde priorité, au cours des prochaines années, consistera à
multiplier nos efforts pour élever le niveau de vie et améliorer les
conditions d’existence de nos populations.
Elever le niveau de vie passe de façon évidente par la relance de la
croissance. J’ai indiqué ce qu’il convenait de faire à ce sujet .Mais je
suis bien conscient que les effets ne peuvent s’en faire sentir à court
terme. J’ai rappelé les initiatives qui ont déjà été prises pour améliorer
le pouvoir d’achat. Nous continuerons dans cette voie. Au cours des
prochains mois, nous allons voir dans quelle mesure, les marges de manœuvre
budgétaires nous permettent d’envisager le relèvement progressif des
rémunérations de la fonction publique.
Par ailleurs, nous redoublerons d’efforts pour offrir à notre jeunesse les
meilleures conditions d’instruction à tous les niveaux. La modernisation et
la professionnalisation de notre système éducatif sont sur les rails. J’ai
la conviction qu’elles auront à moyen terme des conséquences favorables pour
l’emploi des jeunes.
De la même manière, nous allons nous efforcer de donner à notre système de
santé la capacité de répondre aux besoins réels de la population, en donnant
aux formations hospitalières et aux centres de santé les moyens nécessaires
en personnel, en matériels et en médicaments. A titre d’exemple, je compte
donner instruction au gouvernement de doter nos hôpitaux provinciaux qui
n’en sont pas pourvus d’appareils de dialyse et de scanners afin de soulager
les malades qui sont actuellement astreints à des déplacements longs et
pénibles. A terme, nous devrions aboutir à un dispositif d’assistance
médicale qui ne laisserait aucun Camerounais sans soins, quels que soient
ses moyens.
L’accès à l’eau potable sera étendu. Nous avons dans ce domaine de grands
projets dont les financements sont acquis notamment pour Douala et Yaoundé.
Mais les autres centres et les zones rurales ne seront pas oubliés.
J’ai dit ce que je pensais des carences concernant l’électricité. Je n’y
reviens pas mais sachez que je m’attacherai personnellement à la solution de
ce problème.
Dans les zones urbaines, nous allons continuer à porter une attention
particulière aux problèmes du logement et de la voierie. Dans les zones
rurales, c’est surtout aux routes et aux pistes, à la couverture
audio-visuelle, bref à tous les moyens qui contribuent au désenclavement que
nous consacrerons nos efforts afin de sortir les populations des campagnes
de leur isolement administratif, économique, sanitaire et culturel.
J’ai mentionné plus haut ce qui a déjà été fait pour faire reculer
l’insécurité. Nous n’en resterons pas là. Car même si dans un pays très
étendu comme le nôtre dont les frontières sont poreuses, la tâche est
difficile, il n’est pas acceptable que les honnêtes gens vivent dans la
crainte pour leurs vies ou pour leurs biens. Une bonne collaboration entre
la population et les forces de l’ordre serait probablement de nature à faire
avancer les choses.
J’ajoute qu’il existe une autre forme d’insécurité sans doute aussi
meurtrière que le banditisme. Je veux parler de celle qui chaque année, fait
des centaines de morts et de blessés sur nos routes. Il faut savoir que cela
n’arrive pas qu’aux autres. Si nos conducteurs adoptaient un comportement
responsable, que de malheurs pourraient être évités ! Pour les en
contraindre, des instructions seront données aux autorités compétentes afin
de faire respecter strictement les règles du code de la route.
Enfin, il serait souhaitable que disparaissent au sein de notre société les
multiples manifestations d’incivilité, telles que les violences faites aux
femmes et aux enfants, le manque de respect aux personnes âgées, la
brutalité qui caractérise les désaccords de toute nature, dont les
conséquences sont parfois dramatiques.
Mes chers compatriotes,
Je vous ai souvent parlé des obstacles qui se dressent sur la route de notre
progrès et qui ont noms inertie administrative, fuite devant les
responsabilités, intérêts personnels, laxisme, et j’en passe. Mais le plus
redoutable de ces maux, par ses conséquences et par la difficulté à
l’extirper, est sans aucun doute, la corruption qui compromet notre
développement et nuit à l’image de notre pays. La poursuite de la lutte
contre ce fléau sera notre troisième priorité. Et il ne faut pas croire
qu’elle se limitera à quelques exemples emblématiques. Nous continuerons à
la traquer là où elle se trouve à la sanctionner comme elle le mérite.
Mes chers compatriotes,
Même si cela n’est pas toujours évident, le Cameroun avance, le Cameroun
change. Comme vous, je souhaiterais qu’il avance et qu’il change plus vite.
C’est ce que nous essayons de faire. Mais ce que je voudrais que vous
sachiez c’est que ma détermination demeure forte pour y parvenir. Et j’ai la
conviction qu’ensemble nous y parviendrons.
Mes chers compatriotes,
Comme chaque année à la même époque, le moment est maintenant venu pour moi
de vous présenter à toutes et à tous mes vœux les plus sincères de santé et
de bonheur pour la Nouvelle Année.
Bonne et Heureuse Année 2008 !
Vive le
Cameroun !
Lire le Discours de 2006
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